Everything must go: Handel pastiche in Zürich

A new Handel pastiche opened in Zurich recently —  Sale, directed by Christoph Marthaler. Anne Sofie von Otter plays the matriarch of a family of the department store owners that have seen better days. In between singing melancholy, drunken or entranced arias, duos and trios, they get visited by the last herds of shoppers. German and Swiss media have reviewed Sale widely (here, here and here are good samples), and the only English-language review so far is by the Financial Times, which ends with an absolute pearl. Here:

In a sudden, Handelian happy ending the family is called to dinner. Plates and glasses are a direct reference to the opulent premiere parties of Homoki’s predecessor, Alexander Pereira. But Marthaler steers shy of direct attack. The Zurich opera would be a dangerous place for an all-out criticism of capitalism. A pity – it could have been fun.

…Writes the Financial Times of all media. Which leaves me scratching my head. When the FT art reviews bemoan directorial decisions as not anti-capitalist enough, I can’t make up my mind if this is good or if the anti-capitalist critique in the performing arts is so easily cooptable and ‘fun’ that even the FT embraces it.

Some beautifully creepy photos by Toni Suter and Tanja Dorendorf, with a video trailer at the bottom.

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8 thoughts on “Everything must go: Handel pastiche in Zürich

    1. Yeah, I’ve been pondering whether to mark the occasion or not… The last collab Otter-Marthaler was that peculiar Duchess of Gerolstein which didn’t exactly twirl my propeller. This sounds better–we’ll see if it makes Mezzo TV or Arte and therefore YT.

      The costume, yes, it’s a new milestone in the Uglification of Otter, though the drink problem is something that recurs in her roles as of late… Her Salzburg Cornelia wasn’t stranger to the bottle. Maybe time for a new addiction, directors, what?

      I wonder how she ends up groping the mannequin in that second to last photo.

      1. MH looks pretty depressed about HER dress too. The drinking seems to be a Marthaler theme. I just watched his Figaro with the Countess nipping at the bottle all evening.

        ASvO is a trouper though! And she always manages to look good no matter how hard the costumers try. (even in overalls as Cornelia!)

  1. Here is a French version from the Geneva Newspaper „Le Temps“. I can’t really agree to the “moins en moins puissante“ but that might be a matter of form on the day (of both: critic and singer…). What really is thrilling is her “éloquence et la subtilité du jeu“ and to my mind this is better than ever! If she continues like this one day the Oscar goes to . . . . – well, maybe not the next Academy Award for Best Supporting Actress in “A Late Quartett” but: let’s be patient ;).

    Haendel et la mélancolie du matérialisme

    Mardi6 novembre 2012 PAR JONAS PULVER, ZURICH

    A Zurich, Christoph Marthaler réunit dans «Sale» un florilège d’airs baroques pour dire la mascarade consumériste. Anne Sofie von Otter est au cœur de ce bradage des êtres absurde, tendre et affuté

    Ce n’est pas vraiment un opéra. Plutôt une œuvre scénique nécessitant les moyens de l’opéra. Pour son retour à l’Opernhaus de Zurich, le metteur en scène suisse Christoph Marthaler a promené son regard de farfelu visionnaire entre les rayons du catalogue de Georg Friedrich Haendel. Dans son caddie, il a fomenté Sale. Deux heures de spectacle dans un décor de supermarché, 24 numéros musicaux qui alternent airs et tacets instrumentaux, tout en évacuant les récitatifs propres à la structure du XVIIIe siècle et à sa narration. Une geste baroque désossée. Débarrassée de ses longueurs. Le meilleur de Haendel, le plaisir sans l’effort, un best of en bonne et due forme. Achetez, dépensez, sans tarder!

    Racoleur? Parfaitement. La grande force de Sale, c’est de télescoper sans cesse le fond dans la forme et inversement, pour mieux cerner, à l’interstice, une poétique de la dérive. Celle des êtres, des valeurs, des générations à l’épreuve du temps et de la grande mascarade du consumérisme. Bacs de sous-vêtements au rabais, téléviseurs à cathodes, shampoings par palettes et comptoir de formica: la scénographie d’Anna Viebrock fait rouler les escalators d’une grande surface des années 1970. Vieilles gloires de l’électroménager, luxes vestimentaires sur le déclin et derniers soupirs du denier cri d’antan: le parti pris hyperréaliste respire la naphtaline et le vieillot. Il y a, dans ce flambant neuf tombé en désuétude, quelque chose d’une beauté fanée et fascinante.

    Anne Sofie von Otter est l’ombre d’une femme dans ses buées d’alcool (l’éloquence et la subtilité du jeu compensent une voix encore belle mais de moins en moins puissante). Au micro de la caisse d’accueil, sous la pénombre des néons encore éteints, elle se sert un verre. Puis deux. Puis trois. Maintenant elle chante: «Verdi prati, selve amene», cet air extrait de l’opéra Alcina dans lequel le chevalier Rugiero exacerbe la finitude inéluctable des beautés de la nature. Ici, c’est tout l’écosystème commercial du magasin qui s’apprête visiblement à disparaître. Contexte, fonction, genre: le décalage est maximal entre l’incarnation originale et celle que propose Marthaler.

    Le dispositif ne va pas sans bousculer les habitudes des lyricophiles. Il agit pourtant comme un révélateur, disant d’un même coup l’artifice des identités, et le drame universel de l’existence et de la perte. Au terme de la première de Sale, dimanche, une moitié de la salle applaudissait à tout rompre pour témoigner son adhésion, tandis que l’autre a fait pleuvoir les huées sur le metteur en scène, faisant savoir sa désapprobation face à l’audace, mais aussi à l’apparente prétention du procédé.

    Peu à peu, on comprend que la faillite guette. La propriétaire a réuni tous les membres de sa dynastie pour une ultime séance de liquidation totale. Bientôt, des hordes de clients envahiront ce temple commercial d’un autre temps – au rythme d’une sonate extraite de l’oratorio Le Triomphe du Temps & de la Vérité! Mais alors qu’adviendra-t-il de cette lignée dont tous les descendants, du fils illégitime devenu directeur de vente aux épaulettes trop droites à la parente norvégio-américaine en manteau de fourrure en passant par la fausse veuve incognito derrière ses lunettes noires, portent chemises, cravates ou foulards aux motifs distinctivement ringards de l’entreprise?

    A force de vider les rayons, reste la mélancolie du matérialisme commun, et l’angoisse de l’après. Un sentiment que chérit Marthaler pour l’espace d’absurdité, de catharsis, et d’éphémère liberté qu’il ouvre. Le metteur en scène n’instrumentalise jamais la musique. Au contraire, il magnifie la manière dont Haendel traduit ces moments de détresse avec une finesse psychologique et émotionnelle universelle. Haendel et Marthaler ont ceci en commun de savoir dépeindre les fêlures des êtres sans que le ridicule entame jamais la tendresse.

    Car on rit beaucoup au fil de Sale. Par exemple au moment où Christophe Dumaux (verve et belle agilité du contre-ténor français) empoigne «Empio, dirò, tu sei», l’air de courroux tiré de Giulio Cesare, bondissant sur les présentoirs et shootant dans les paires de chaussettes et les soutiens-gorge, petit-neveu en pleine crise de post-adolescence. Malin Hartelius, elle, offre au casting sa meilleure carte vocale, et prête son soprano fluide et ciselé à une nièce aux bienséances de vamp qui s’ignore.

    Le Britannique Laurence Cummings, en fosse, dirige du clavecin l’Orchestra La Scintilla, qui réunit des musiciens de l’Orchestre de l’Opéra féru d’interprétation historiquement informée. Le geste est vif mais sans dogmatisme, les timbres détaillés, dans une esthétique un brin rugueuse qui convient bien aux sections rapides. Et puis il y a ce moment étrange et beau durant lequel Laurence Cummings tourne le dos à ses pupitres pour chanter un récitatif du Messie, «Comfort ye my people». D’ailleurs ne porte-t-il pas lui aussi sous sa veste une chemise aux couleurs du supermarché?… La force de Christoph Marthaler, c’est de faire agir la musique, la voix, le mot et le théâtre comme les reflets d’un même prisme scénique et dramatique, en toute inventivité.

    «Sale», jusqu’au 27 novembre à l’Opernhaus de Zurich.

    © 2012 LE TEMPS

  2. “Anne Sofie von Otter… chante: «Verdi prati, selve amene», cet air extrait de l’opéra Alcina dans lequel le chevalier Rugiero exacerbe la finitude inéluctable des beautés de la nature.”

    Apposite, and devastating.

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